Sourate Al Wāqi‘a
Quelques réflexions.

Par Sidi Vincent

mercredi 11 juillet 2012


Avant de parler de l’interprétation de la sourate Al-Wāqi‘a, il est intéressant de préciser que le croyant (mu’min), qui deviendra par la suite initié (sālik, mourīd) par le fait de son inscription dans la Connaissance et la Science d’Allah, est dans un processus de perception et de réception de la Gloire d’Allah, au sein de son propre être. Le Prophète, sallā Allah ‘alayhi wa sallam, dit : « De votre Seigneur émanent des flux de grâce au cours de certains jours de votre existence, exposez-vous donc à eux ». Il est le Temple à réaliser pour la Gloire d’Allah et c’est par cette réalisation qu’il dévoilera le lien préexistant entre lui et Dieu. Allah dit : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (Coran, 51 : 56). Durant les phases successives de son élévation (sayr, ‘urūj), il passera de façon effective du statut de croyant à celui de « voyant » (min al-Imān ilā al-Mušāhada).

La croyance pouvant être considérée comme une hypothèse, il faut impérativement que, pour que le retour vers Allah se fasse, il passe de la phase de probabilité à celle de la certitude ; le yaqīn étant évoqué dans le célèbre hadith : Adorer Allah comme si tu Le voyais). Nous ne sommes pas dans une simple dimension religieuse qui aurait vocation à combler un vide, à pratiquer une foi « par défaut ». Nous nous inscrivons, par l’initiation, dans une voie d’élévation et d’un « retour effectif vers Dieu ». Allah dit : « Certes, c’est vers ton Seigneur que se fait le retour ». Coran : 96 : 8). Ce retour ayant pour objectif d’atteindre la station d’Al-Insān Al-Kamil d’Ibn ‘Arabi.

La Science d’Allah mise à la disposition de l’homme ainsi que la pratique des différents actes rituels de la religion permettront à l’individu l’élévation et le retour par phases – stations (maqāmāt) – successives.

Allah est heureux lorsqu’il voit un homme s’approcher de lui, par tout moyen mis à sa disposition. Mais il est encore plus heureux lorsqu’Il le voit s’approcher petit à petit, par l’étude et la pratique, de l’état d’homme primordial. `Abd Allah ibn Mas`ûd, qu’Allah l’agrée a dit : J’ai entendu le Prophète sallā Allah ‘alayhi wa sallam dire : Allah est plus heureux du repentir de Son serviteur plus qu’un homme se trouvant dans un désert périlleux (….) Allah, en effet, se réjouit du repentir de Son serviteur croyant plus que cet homme qui a retrouvé sa monture et ses vivres. (Sahîh de Muslim : 4929)

Nous sommes tous Saints (waliyy) en puissance. Ceux qui nous ont précédés nous ont montré le chemin qu’eux même avaient accomplis. Ils ont aussi été des hommes « de base » avant de devenir les « hommes réalisés » ayant capacité à transmettre les sciences d’Allah afin d’accéder aux stations auxquelles ils sont eux-mêmes parvenus. Nous sommes dans un processus de perception, de dévoilement et de réception afin « que Dieu parachèvera Sa lumière » (Coran 61, 8) et que « Le règne de Dieu s’accomplisse sur terre comme il l’est dans le ciel ». La manifestation terrestre n’ayant vocation qu’à être le reflet de ce qui se passe dans le « ciel ». Mais il faut avant tout réaliser le ciel « en l’homme » avant de pouvoir le mettre en place « sur terre ». Le but de l’initié étant de « spiritualiser la matière pour matérialiser l’esprit ». C’est le règne de Dieu à venir qui est dans les mains des croyants.

La peur extrême dont évoquent certains versets n’est pas faite pour faire « peur » mais pour bien rappeler l’autorité et la place d’Allah dans la création, la vie et au Jour de la rétribution. Ces versets rappellent aussi la place de l’homme qui n’est que Khalife sur cette terre. Allah dit : « Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire »Khalifa« . Ils dirent : »Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier ? » - Il dit : "En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas ! » (Coran, 2 : 30).

La désacralisation des temps modernes a invité l’homme à penser qu’il pouvait se passer de Son Principe (avec les résultats que nous connaissons). Donc, il est nécessaire que le postulat de base soit posé : La croyance ferme en Dieu et en son Pouvoir (Qudra) est nécessaire, voire vitale, pour « amorcer » un retour sincère et véritable (opératif) vers ce qui est à l’origine de notre propre essence. Aussi, dans son élévation au sein des états multiples de l’être, l’homme aura confirmation que sa croyance n’est pas vaine par le fait de passer du « Croire au voir ». Il verra Dieu au travers de sa manifestation ainsi que par les différentes stations auxquelles il aura accès sur le chemin de retour vers Allah. Il dit : «  En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Dieu et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : « Notre Seigneur ! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Garde-nous du châtiment du Feu.. » (Coran, 3 : 190-191).

Suite à ce qui précède, il semble intéressant de poser la question : Puisque Allah a la science de TOUT, il doit donc parfaitement connaître les tendances et influences des hommes. Il a donc parfaitement connaissance de ce qui adviendra. Cependant, si la question se pose, c’est bien que l’homme a vraiment sa place dans le processus global. Au regard de la Genèse, Dieu laisse à l’homme le libre arbitre et la capacité de choisir. Allah dit : « Dis : « ô gens ! Certes la vérité vous est venue de votre Seigneur. Donc, quiconque est dans le bon chemin ne l’est que pour lui-même ; et quiconque s’égare, ne s’égare qu’à son propre détriment. Je ne suis nullement un protecteur pour vous ». (Coran, 10 : 108)

Allah intervient sur ces paramètres de l’équation pour que l’homme aille dans son sens. Et c’est ce que les savants aš‘arites appellent le lutf (douceur divine aidant l’homme à faire le bon choix), le tawfīq (Guidance divine orientant l’homme à faire le bon choix). S’il y la question, c’est que l’homme est et reste pleinement libre de ses attraits et choix. Quoi qu’il choisisse, Il en supportera les conséquences. Qu’il aille dans la voie d’Allah ou qu’il s’incline vers les penchants terrestres et reste sous l’influence du « Prince de ce monde ».

Les versets 7-11 (al-Wāqi‘a) rappellent les conséquences de nos choix. En tant que croyant et qu’initié, la question du choix ne peut plus se poser. Nous avons choisi lorsque nous avons prononcé « Lā Ilāha illā Allah ». Malgré nos faiblesses liées à notre condition humaine, en tant que musulmans, nous n’avons plus d’autre choix que de nous diriger vers la Droite afin de sortir de notre condition « terrestre » en vue de dévoiler - d’incarner - l’esprit d’Allah. C’est la science qui nous est transmise qui nous fait comprendre nos choix. La droite ou la gauche est une problématique de l’homme inconscient de sa condition et de sa place.

Les grâces paradisiaques auxquelles nous pensons prétendre ne sont que le résultat de ce que nous aurons réussi à dévoiler et à mettre en place au sein de notre propre cœur, par la Grâce et à la Gloire d’Allah. « Vous n’êtes rétribués que selon ce que vous faisiez ; « En récompense de ce que vous faisiez, mangez et buvez en toute sérénité » (Coran, 52 : 16 et 19).

Tout comme il y a différentes stations à dévoiler, notre place au paradis sera proportionnelle à la station – degré de réalisation spirituelle - atteinte en ce monde. le Prophète sallā Allah ‘alayhi wa sallam dit : « Il sera dit au lecteur du Coran (le Jour du Jugement) : « récite et monte, récite doucement et avec rythme comme tu le faisais dans le bas-monde. Ta place sera au dernier verset que tu réciteras » Abu Dawud et At-Tirmidhi qui l’a authentifié.

Nos faveurs sont parfaitement liées à ce que nous faisons. Il serait anormal que nous héritions de ce que nous n’avons pas produit.

Quoi qu’il en soit Allah étant Le Clément et le Miséricordieux, il connait notre nature et nous protège quoi qu’il en soit. Sa clémence précède sa « fureur » et il pardonne avant de punir. le Prophète sallā Allah ‘alayhi wa sallam dit : « Lorsque Dieu créa le monde, Il écrivit dans un Livre placé auprès de Lui, au-dessus du Trône : « Ma miséricorde l’emporte sur Ma colère », on trouve dans une autre version « Ma miséricorde a vaincu Ma colère » ou « Ma miséricorde a précédé Ma colère » (Bukhari et Muslim). Dans le Coran Allah dit : « O Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui qui pardonne, le Très Miséricordieux », Coran, 39 : 53). « Et qui est-ce qui pardonne les péchés sinon Allah » Coran :3, 135 ; « Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne des associés. A part cela, Il pardonne à qui Il veut » (Coran : 4, 48, 116)

Cependant, malgré ce pardon, l’homme reste responsable et s’il mérite l’enfer il ira là où il mérite d’aller. Notre direction vers le paradis ou l’enfer est bien conditionné par nos choix et non par un jugement arbitraire d’Allah qui déciderait de ce qu’il veut parce qu’il est Allah sans tenir compte des œuvres des hommes. Si ce n’était pas le cas, alors il n’y aurait pas besoin de la création, de la foi, de la religion et de la voie du retour vers Lui, nous y serions déjà. Il n’y aurait pas de question. Il est Clément et Miséricordieux mais aussi Juste (qui pratique ce qui est juste).

Sidi Vincent

Le Havre, 8 juillet, 2012.




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