Livre de méditation D’al-Ghazālī

dimanche 15 janvier 2012, par S.Chabert


L’Imâm Al-Ghazâlî, que les musulmans ont appelé – à juste titre – « la Preuve évidente de l’Islam » nous subjugue par la clarté, la concision et l’argumentation de son discours. «  Le Livre de la méditation » (Kitâb al-Tafakkur) [1] en est une parfaite illustration, qui amène petit à petit le lecteur à s’approprier la notion de méditation (al-Tafakkur), comme « outil » de rapprochement vers Allah, par le chemin de la connaissance [2].

Le premier chapitre consiste en un recueil des propos du Prophète, Bénédictions et paix de Dieu sur lui, des Compagnons et de Savants, visant à justifier les mérites de la méditation. Pour illustration, nous citons la Parole de Dieu : « Et dans la création des cieux et de la terre et l’alternance de la nuit et du jour, il y a des Signes pour ceux (dont le cœur) est doué d’intelligence, ceux qui invoquent Dieu : debout, assis et sur les flancs, et méditent (yatafakkarûnaيتفكّرونَ ) sur la création des cieux et de la terre : Seigneur, Tu n’as pas créé cela en vain. » [3] (Sourate III, V.190-191). 

Le chapitre suivant définit la notion de tafakkur (méditation) et relate ses bienfaits : « Sache que la méditation consiste à rendre présent au cœur deux types de connaissances afin qu’il en fasse dériver une troisième » [4].

Al-Ghazâli met en lumière ce mécanisme à travers l’exemple de l’homme qui désire comprendre pourquoi l’Ultime Demeure (al-Akhira) est plus importante que la vie terrestre : « Deux voies s’offrent à lui : la première consiste à écouter les autres dire que l’Autre monde est préférable à celui-ci. Il devra les imiter et croire sincèrement que leurs propos sont vérité…On appelle cette attitude « imitation ou acceptation passive » et non pas « connaissance » (ma‘rifah). La seconde voie consiste à savoir que la chose qui dure dans le temps est préférable et par conséquent savoir que l’Autre vie est plus longue que celle de ce bas-monde. De ces deux connaissances il en tirera une troisième : la Vie future est préférable. Il est impossible de parvenir à cette dernière connaissance sans les deux précédentes » [5]. Par le principe de la méditation, chacun peut reproduire en son for intérieur le processus qui l’amènera à accroitre sa connaissance.

Une fois acquis, le principe de la méditation, l’Imâm al-Ghazāli en aborde « Les voies » (3e chapitre). Il s’agit de s’intéresser aux seuls arguments d’ordre religieux, il définit les deux catégories sur lesquelles porte la méditation :

En premier lieu la méditation porte sur les qualités et les actions humaines (s’agissant des qualités qui portent au salut du cœur). Il détaille les qualités dont le croyant doit se parer et celles qu’il doit éviter. Il appelle le mûrid à l’introspection, l’effort et la discipline afin de purifier son cœur et parfaire son caractère.

En deuxième lieu, vient la deuxième catégorie : la méditation sur la Majesté, la Suprématie et la Grandeur d’Allah. À ce sujet, il met garde contre la méditation portant directement sur l’Essence et les Qualités d’Allah. Seuls les Véridiques sont à même de poser leur regard sur le Vrai et encore de façon fugace. Dès lors, il s’agira plutôt de méditer sur les effets de son Essence, c’est-à-dire ses Actes. Al-Ghazālī conclut : « Les Actes divins sont un moyen qui permet de contempler les Qualités de l’Agent (al-Fâ`il) sans être éblouis par les lumières de Son Essence, après que nous nous soyons éloignés d’Elle par les actions. Voilà donc en quoi consiste le secret de ces paroles de l’Envoyé de Dieu – que la Grâce et la Paix soient sur lui : méditez sur la création de Dieu Le Très Haut, et non pas sur son Essence. » [6]

Le dernier chapitre consistera alors à détailler la méthode de méditation de la Création. À l’issu du kitâb al-tafakkur, chacun sera en mesure de pratiquer la méditation, qui l’amènera, in chā’ Allah, à réaliser le verset coranique : «  Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est cela la Vérité », (Coran S.41, V.53).

À une époque où le mode d’éducation « rationnel » nous amène souvent à aborder le fait divin par la réflexion intellectuelle, l’œuvre de l’Imâm Al-Ghazâli représente plus que jamais un « outil » salutaire. Par l’éclat de sa didactique, il nous permet de passer peu à peu d’une compréhension de l’esprit vers une compréhension du cœur, lieu d’épanouissement de notre foi. En cela réside un des aspects du génie d’al-Ghazâli : l’alliance d’une science complète de la religion et la capacité à nous conduire le long du chemin du dévoilement. Notre unique souhait est d’amener les croyantes et les croyants à s’instruire davantage par l’œuvre de l’Imâm al-Ghazâli.

Point de doute que des fruits magnifiques en écloront.

Sidi Sofiane

Lyon.


[1Kitâb al-tafakkur est un traité faisant partie de l’immense somme que compte l’Ihyâ `ulûm al-dîn (La revivification des sciences de la Religion), en quatre volumes.

[2Al-‘Alim, l’Omniscient, est un Nom de Dieu.

[3Remarquons que ce verset est une incitation à la remémoration et à la méditation quelque soit le moment de l’existence (debout, assis ou couché).

[4« Le livre de la méditation », éd. Al-Bouraq 2001, traduction d’Hassan Boutaleb

[5Idem note 4

[6Idem note 4




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